Saint Antoine

    A quelques kilomètres plus au sud du Ragas, dans la Vallée de Dardennes et sur la rive gauche du Las s’ouvre un tunnel maçonné au fond duquel sourd la source Saint-Antoine. Cette source abondante et pérenne que les indigènes appelaient Telo, «dieu des eaux» est à l’origine de la naissance de Telo Martius.

De nos jours, la source Saint-Antoine possède deux entrées :


- Par l’entrée maçonnée, on accède à une grande galerie souterraine d’une soixantaine de mètres, puis on se retrouve dans des galeries naturelles entrecoupées par quatre siphons. Les galeries sont vastes jusqu’au quatrième siphon où la cavité se développe à la faveur d’une diaclase entièrement noyée qui bute sur une fissure à 112 m de profondeur.


- L’autre entrée se situe dans l’ancienne carrière au dessus du supermarché ED. Il s’agit d’un conduit artificiel d’une dizaine de mètres débouchant sur une grande salle naturelle. Elle permet de shunter les deux premiers siphons. Cette salle, utilisée comme abri durant la guerre, fut obstruée par un mur de briques. Oubliée de tous , elle est redécouverte en avril 1970 par Michel Lopez qui effectuait la première exploration sérieuse de la cavité.

Plongées


    A ce jour, aucune cavité connue ne permet à l’être humain d’accéder aux circulations profondes.


    Vers 1969, le Groupe d’Etudes et de Plongées Souterraines (G.E.P.S.) franchit les siphons 1, 2 et 3 longs de 70 m chacun et parcourt le siphon 4 sur 250 m sans aboutir. C’est à ce moment là que Michel Lopez et son équipe découvrent l’entrée supérieure de l’exutoire.

    De décembre 1980 à janvier 1981, Gérard Dou et Patrick Berato lèvent la topographie jusqu’au siphon 4.

   

En 1982, le GRPS et Claude Touloumdjian plongent dans le siphon 4 sur une longueur de 340 m, atteignant la profondeur de 88 m. La galerie continue toujours, verticalement, sans qu’on en voie le fond.


En 1989, 4 jours après avoir plongé dans le Ragas J.J. Bolanz (Association Spéléologique de Saint-Claude dans le Jura) s’attaque au siphon 4. Il atteint la profondeur de 112 m, soit 94 m sous le niveau de la mer. La cavité se prolonge par des soit-disantes fissures infranchissables. 

     

Depuis 2016, 27 ans après la dernière plongée effectuée par Jean-Jacques Bolanz, l’équipe de plongée Sout reprend les explorations et font de nombreuses découvertes (à découvrir sur leur site web).


Mise à jour : le 11/01/18


Page réalisée : T.Lamarque

Article : T.Lamarque, P.Maurel, P.Courbon

Photos : T.Lamarque, P.Maurel,

Vidéos : T.Lamarque, P.Maurel,

Infographie : Spélé-H2O, P.Maurel

Voir le livre le Las une rivière dans la ville

Etudes


    Les Eaux de Saint-Antoine sourdent au contact du bathonien marneux et du Bathonien calcaire. De direction sud-ouest nord-est, la cavité s’enfonce sous le Faron.

Les eaux de Saint Antoine sourdent au contact du bathonien marneux et du bathonien calcaire sous le mamelon du Fort-Rouge, à la cote 18 - 22 m.

      La résurgence présente les caractéristiques d’une source karstique avec un débit d’étiage de 30 à 40 l/s et un débit de crue de 4 m3/s (mesure sonde STS de 2012 à 2016 université Aix-Marseille-Cerege).

     L’importance de son débit a fait couler de l’encre, le massif calcaire du Faron ne peut à lui seul fournir les 165 l/s que crache en moyenne la source.


     Il faudra attendre 1995 pour connaître l’origine des eaux de la source avec la série de traçages effectués par Spélé-H2O sur le plateau de Siou-Blanc et de Tourris :


  1. -Le 17 mars 1994, l’Aven de la Boue : traceur non détecté.


  1. -Le 12 février 1995, l’Aven de la Solitude : traceur détecté aux sources de Dardennes et à Saint Antoine


  1. -Le 26 novembre 1995, l’Abîme des Morts : traceur détecté aux sources de Dardennes, mais ce traçage reste à confirmer.


  1. -Le 21 février 1997, l’Aven du Caniveau : traceur détecté à Saint Antoine, mais ce traçage reste à confirmer.


  1. -Le 17 avril 2002, perte de la carrière de Fiéraquet : traceur détecté aux sources de Dardennes et à Saint Antoine.


- La source de Saint Antoine est équipée d’une sonde STS (propriété de l’université Aix-Marseille-Cerege) depuis le 5 septembre 2012.

   

    Cette dernière enregistre en continue la conductivité électrique, la température et la hauteur d’eau. Initialement installée pour les essais de pompage Ragas 2012, nous l’avons volontairement laissé en place pour la suite du Projet Dardennes 2013-2016.


  1. -Les rejets réalisés dans le Las au cours des essais de pompage sur le Ragas en septembre 2012 confirment l’existence de pertes importantes dans le cours du Las qui participent directement et de manière très rapide (moins de 10 h) à l’alimentation de la source Saint Antoine (augmentation du débit à Saint antoine en corrélation avec les rejets dans le Las).


  1. -La campagne de débitmètrie pour mettre en exergue différentes zones de pertes sur le cours d'eau du Las, entre le barrage de Dardennes et le dégrilleur du jonquet en janvier 2015 montre également une circulation entre les eaux superficielles du Las et les eaux souterraines de la source Saint Antoine.


  1. -le traçage artificiel au Ragage du Faron (mont Faron) réalisé en mars 2015 met en évidence une relation hydraulique souterraine avec la source Saint Antoine (traceur détecté au bout de 5 jours).

S1

Traçage à la carrière de Fiéraquet (17/04/02)(12/02/95)

L'injection dans la perte de Dardennes le 12/06/15

Carte traçage Saint Antoine H20 2016

Perte du Las à Dardennes

Ragage

du Faron

Discussion sur l’origine des eaux de la source Saint Antoine suite aux traçage artificiels de 2015 :


    2 traçages effectués en 1995 et en 1997 retiennent notre attention :


    1. -l’aven de la Solitude (le 12 février 1995) mettant en relation le massif de Siou-Blanc avec les sources de Dardennes et Saint Antoine, 

    2. -l’aven du Caniveau (le 21 février 1997) qui met en relation le plateau de Tourris avec Saint Antoine. 

  1.    

    Nous nous intéressons plus particulièrement à celui de la Solitude. On remarque que le traceur arrive dans un premier temps aux sources de Dardennes (le 25/02/95), puis 4 jours plus tard il est détecté à  Saint Antoine (le 01/03/95).

   

    Ce décalage de temps (4 jours) pourrait correspondre au temps minimal d'arrivée du marqueur en ce qui concerne le traçage artificiel de la perte du Las de Dardennes (4 jours et 13h10).

   

     Il se pourrait donc que la fluorescéine de l'injection à l'aven de la Solitude est transité par le Las, via sa zone de perte.


    Il est donc possible qu'il n'y ait pas de relation directe entre les eaux souterraines du massif de Siou-Blanc et celles de la source Saint Antoine.

   

    En ce qui concerne le traçage à l'aven du Caniveau, le doute subsiste. Nous nous étions appuyés des résultats du traçage de l'aven de la Solitude pour valider les quelques traces de lithium détectées à la source Saint Antoine.


    Il serait donc judicieux de réitérer une nouvelle campagne de traçage sur le plateau de Tourris pour confirmer où infirmer une relation hydraulique entre ces 2 points.


    Pour conclure, les 2 traçages (ragage du Faron et perte de Dardennes) montrent que la source de Saint Antoine possède 2 relations hydrauliques distinctes, l'une provenant des eaux de pluies du mont Faron et l'autre des eaux d'infiltration du Las.

   

    Les 2 autres connexions (Siou-Blanc et Tourris) sont à confirmer par de nouveaux traçages....

- les traçages artificiel à la perte du Las de Dardennes (hameau de Dardennes) réalisé en juin 2015 pour le premier et   fin septembre 2015 pour le deuxième mettent en évidence une relation hydraulique souterraine avec la source Saint Antoine (traceur détecté au bout de 4,5 jours).

Un poster des travaux de recherches sur Saint Antoine présenté à Eurokarst 2016 (Neuchâtel)


Origine de l’eau d’une source karstique en relation avec une rivière – Etude par traçage artificiel et test hydraulique de la vulnérabilité de la source Saint Antoine (Toulon- SE France)

Thierry Lamarque (1), Philippe Maurel (1), Bruno Arfib (2), Thérèse N’Dah (2) & Cécile Baudement (2)

(1) SpéléH2O, 405 Av. Bucarin, 83140 Six-Fours – France, Email : speleh2o@wanadoo.fr (2) Aix-Marseille Université, CNRS, IRD, CEREGE UM34, 3 Place V. Hugo, case 67, 13003 Marseille - France, Email : arfib@cerege.fr

Objectifs


    Lorsqu'une relation existe entre une rivière et une source, l'étude par traçage artificiel d'un seul point d'infiltration de l'eau ne suffit pas. L'étude fine des relations entre les variations de débit et de chimie du cours d'eau et de la source karstique constitue une méthode complémentaire efficace. Nous présentons dans cette étude les résultats obtenus sur une source karstique alimentée en partie par les pertes d'un cours d'eau. La conductivité électrique est utilisée comme un traceur naturel de l'origine de l'eau, représentatif des variations de proportion de mélange d'eaux d'origine différente. La régulation artificielle du débit du cours d'eau permet de contrôler les conditions hydrologiques et d'observer les réactions de la source. Le cas d'étude se situe dans le Sud-Est de la France, au nord de Toulon. La source Saint Antoine émerge à l’entrée de Toulon à quelques centaines de mètre d’un cours d’eau, Le Las, qui entaille les calcaires et dolomies susceptibles d’alimenter la source. La technique classique du traçage artificiel a été comparée à une série de tests hydrauliques dans le cours d’eau, consistant à réaliser des lâchers d’eau à l’aide d’une retenue située en amont. L’objectif de l’étude est de :

  1. (1)montrer les méthodes (traçage artificiel et test hydraulique) mises en œuvre pour déterminer les temps de transfert,

  2. (2)croiser et comparer les résultats obtenus avec les deux méthodes,

  3. (3)quantifier les temps de transfert de l’onde de pression et l’arrivée de l’eau d’infiltration sur le cas d’étude,

(4) donner un exemple d’études préalables nécessaires pour la caractérisation de la ressource en eau en milieu karstique.

Topographie :

CDS 13 / CDS 83 / Plongéesout

Topographie de la source de Saint Antoine