Exploration du Ragas

Au fond d’un vallon encaissé, s’ouvre un majestueux porche qui se crève par un vaste puits (le Ragas) sur l’arrivée d’eau qui remplit le barrage de Dardennes, destiné à l’alimentation en eau de Toulon et situé moins d’un kilomètre en aval. 


Le Ragas, orifice d’un gouffre de 15 à 20 m de hauteur sur 5 à 10 m de large s’ouvre à la base d’une muraille calcaire où commence la vallée de Dardennes. Elle déverse dans un vallon lors des fortes pluies d’orages, d’énormes quantités d’eau, aussitôt disparues après les pluies.


Le Ragas est un regard vertical sur le plus important exutoire du Plateau de Siou Blanc. Depuis plus de cinquante ans, le collecteur mythique et inviolé qui lʼalimente fait rêver tous les spéléologues qui arpentent le plateau à la recherche dʼun gouffre y accédant.

Les Plongées de 1993


La plongée de 1989 au Ragas avait laissé un gros point d’interrogation. L’objectif de Jean-Jacques Bolanz était d’atteindre le fond du siphon, ce qu’il avait réussi à faire. Par contre, le haut du grand puits noyé n’avait pas été vu et il était intéressant d’aller vérifier s’il ne comportait pas des départs ou une remontée à l’air libre.


En septembre 1993, l’équipe de Marc Douchet, gênée par la turbidité de l’eau, ne put explorer complètement le haut du puits noyé. Nous y revenions 15 jours plus tard, histoire de chasser quelques vieux démons. Les relevés topographiques étaient repris.


En septembre 95, une grosse opération est organisée à l’occasion de la vidange décennale de la retenue de DARDENNES. Pour l’occasion, le siphon perd 25 m en profondeur... Marc DOUCHET et Patrick BOLAGNO fouillent les plafonds pour découvrir qu’une minuscule fissure laisse passer une partie de l’eau. Pour le fond, c’est la guigne ; la veille de la pointe, un violent orage s’abat sur la région... le siphon devient trop trouble..


Le Ragas garde ses secrets...


En parallèle dʼautres plongées de moindre envergure ont été organisées. Ce sont nos plongeurs locaux, Marc RENAUD, Michel GUIS, Laurent TARAZONA, Christian MAUREL... qui sʼy attellent, notamment pour localiser des exutoires immergés dans le lac de DARDENNES pour y installer des préleveurs automatiques (dont le Geyserosquizer appareil de notre conception....) pour la campagne de traçage de 1993 à 2000.

Mise à jour : le 23/01/11


Page réalisée : T.Lamarque

Article : P.Courbon, P.Maurel, T.Lamarque

Photos : P.Maurel, R.Nicod, T.Lamarque, C.R.P.S, C.Chauvez

Vidéos : C.Chauvez, T.Lamarque, P.Maurel, R.Nicod

Infographie : P.Maurel, C.R.P.S, C.D.S 83, S.C.T Aragnous, Spélé-H2O

Cette cavité se situe au point d’affleurement le plus bas des calcaires urgoniens, sur une faille importante.


Le gouffre se divise en trois parties, la première est verticale et à sec (-45 m depuis le zéro de l’entrée), la deuxième est verticale et noyée (-74 m), puis vient une large galerie sur une centaine de mètres qui aboutit à un vaste volume noyé. Les plongeurs ont touché le fond à la cote - 151 mètres, ils n’ont pas trouvé de suite.


Le débit moyen de l’écoulement est de 0,5 m3/s, mais à l’étiage il descend à 0,1 m3/s. Après les fortes pluies, il peut s’élever à 60 m3/s.


En janvier 1978, à l’occasion d’une crue exceptionnelle, l’ensemble des exutoires du lac et le Ragas ont atteint cet extrême ! Bloquée par l’exiguïté des conduits souterrains allant vers le barrage, l’eau remonte alors en surface pour déborder d’une manière impressionnante du Ragas et descendre rageusement vers le lac.

Les études et les premières plongées


En 1906, Édouard Alfred Martel, le père fondateur de la spéléologie française, est missionné pour établir un rapport sur les eaux revestoises. Au cours de ses investigations, il parcourt les plateaux calcaires situés en amont du Revest (plateau de Siou-Blanc). Il sonde différentes cavités et établit un rapport sur l’origine et la protection de la ressource aquifère du Ragas (la France ignorée).


Les premières plongées débutèrent en 1973 avec le Groupe d’Études et de Plongées Souterraines (GEPS), puis furent reprises par Claude Touloumdjan en 1982 (-82m) et 1989 (-105m).


En 1979, Paul Courbon publie dans SPELUNCA (revue spéléologique de la F.F.S.) une synthèse des recherches hydrologiques et spéléologiques sur le massif de Siou Blanc dans laquelle figure les coupes de Raymond Monteau. La réaction espérée vint en 1983 après le Congrès FFS d’Hyères. Les spéléologues du C.D.S. 83 entament une désobstruction homérique au fond de l’Aven du Sarcophage. Après un départ prometteur, un pincement dans les dolomies arrête, hélas, les explorations à la cote -360m. Le rêve de rejoindre le collecteur mythique du Ragas est à nouveau interrompu par une triste réalité. Les escalades et les désobstructions en divers points du gouffre ne donnent rien.


Le 5 août 1989, alors que le niveau du lac a baissé de 10 mètres, Jean-Jacques Bolanz plonge à -118 m sous le niveau de l’eau. Au fond d’un vaste puits noyé exploré peu avant par Touloumdjian, il s’engage dans un puits plus étroit, impénétrable au bout de 13 mètres. J.J. Bolanz était aidé par son équipe du S.C.Jura, mais aussi par une quinzaine de spéléologues locaux, du S.C.Toulon, du S.C. Sanary, de l’A.C. Valettois et d’autres bénévoles venus équiper les puits et porter le matériel.

Un travail d’équipe


En 1992, Philippe Maurel met au point un programme d’actions qui deviendra le projet SPELE-EAU. Il définit l’échéancier des investigations, grâce à l’article de Paul Courbon de 1979. À cette époque, il n’existait pas les moyens suffisants pour mettre en oeuvre un projet d’une telle envergure. Le 5 juillet 1993, une convention unit le CDS 83, l’UFOLEP 83 et l’association ALADIN. Ils créent l’association Spélé-H2O qui par les explorations entreprises, les études géologiques menées et les repérages de gouffres, contribue à la connaissance de cette réserve.


Les lignes qui suivent n’auraient pu être écrites sans les personnalités charismatiques qui ont su donner l’impulsion nécessaire à ce projet. Elles n’auraient pas pu être écrites non plus, sans le concours de tous ces spéléologues anonymes qui, sans autre but que de se rendre utiles, ont participé à ces recherches collectives sur le plateau de Siou Blanc. Ils furent près de deux cents issus de 27 clubs, dont un des Alpes-Maritimes et un des Bouches-du-Rhône.


Cette initiative va fédérer la majorité des clubs et individuels du département et même de la région. Les opérations s’enchaînent à un rythme soutenu : 9 traçages, 2 campagnes de plongées, 3 thermographies et 3 nouvelles désobstructions (Aven du Caveau en 93, Aven de la Solitude et du Cyclopibus en 98). Ces études et recherches permettront de mieux comprendre l’organisation et le fonctionnement du massif karstique de Siou-Blanc/Montrieux.

Voir le film sur les spéléonautes

Exploration du Ragas en 1993

Crue du Ragas en 1999

Le porche en peinture du Ragas

Topographie du Ragas

Retrouve les explorations du Ragas dans le livre «l’eau de là»livredeleaudela.html
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